Cet ancêtre André Massé est probablement né dans l’ile d’Oléron, sur la côte atlantique, vers Dolus, vers 1857. Ce qui est certain c’est qu’il est décédé le 2 mars 1946 à l’âge de 89 ans.

A l’âge de 12 ans il veut s’embarquer sur un gros navire et partir en mer pour de longs voyages, tout comme Marius dans le film de Pagnol. Ses parents refusent.
Il fugue dès 12 ans mais est repris.
Il fugue encore, plus tard, vers 14 ans, donc vers 1871, et rejoint finalement Nantes à pied, seul.
Il trouve un embarquement comme mousse sur un bateau négrier, à voile, comme la plupart des bateaux de l’époque.

Ce bateau cingle vers l’Afrique et charge sa cargaison (à l’ile de Gorée ?).
Puis c’est la traversée de l’Atlantique vers les Antilles : La Martinique puis la Guadeloupe.
Désormais vide, ce voilier ne fait pas le triangle habituel des bateaux négriers mais cherche une cargaison locale, il en trouve plusieurs successives, il descend le long de la côte est de l’Amérique du sud.

Puis c’est le cap Horn, difficilement franchi, et la remontée de la côte ouest du Pacifique, vers le nord. Il trouve une cargaison de guano au Chili, puis la livre en Australie.
Quelque part au large des côtes, dans la mer de Chine, le capitaine aperçoit un autre voilier d’où s’échappe une abondante fumée. Il se déroute immédiatement afin de secourir l’équipage qui doit manifestement combattre un incendie.
Arrivé sur place il faut se rendre à une évidence très inattendue : ce voilier est mixte et est aussi équipé d’un moteur à vapeur. Personne de l’équipage n’en avait encore vu à bord du voilier d’André (voici un détail de nature à dater approximativement l’évènement). La fumée avait donc une toute autre origine…
Le voyage se poursuit vers l’ouest, au hasard des cargaisons trouvées sur place. L’Océanie, l’Indonésie, l’Afrique, puis le retour en France. Le tour du monde.

Plusieurs années se sont écoulées, environ 15 ans selon André Aubrière, au moment du retour en France d’André Massé.
La guerre de 1870 s’est déclarée et est terminée. De plus il a été considéré comme insoumis car il était absent au moment où sa classe a été mobilisée.
Il fait donc un service militaire disciplinaire particulièrement dur et spécifiquement réservé aux fortes têtes, d’une durée plus longue : environ 3 ans. Il les passe dans le fort Boyard, spécialement aménagé à cette époque.
Grace à une populaire émission de télévision, ce fort est actuellement bien connu. Pour ceux qui ne le connaissent pas : c’est un fort défensif en pleine mer, entre le continent et l’ile d’Oléron. Il fut construit à l’époque de Louvois, comme la plupart des autres places fortes locales. Il n’y a pas de terre autour de ce fort, c’est la mer à pic des remparts, on y est prisonnier comme dans un phare, mais immense. En fait c’était plutôt une prison militaire naturelle.

Selon André Aubrière, quand il sera rendu à la vie civile, André Massé aura un peu plus de 30 ans. Il ne retournera pas vivre dans l’ile d’Oléron mais trouvera une épouse à Bourcefranc (Magdelaine Elisa Guichard) où il s’établira définitivement comme ostréiculteur.
Leur premier né sera Flavien, né en 1888, à Bourcefranc, André aura donc 31 ans lors de cette naissance. C’est donc cohérent avec le récit d’André Aubriére.
D’où notre lignée.
Leur deuxième enfant est une fille : Anna. Elle s’est mariée à un ostréiculteur de Bourcefranc : Emile Aubriére. Ils ont eu 3 fils : André, Marc, Raoul. Tous ont été ostréiculteurs. C'est donc grâce à André Aubrière, l'aîné que nous avons pu avoir l'histoire d'André MASSE.


Magdelaine décédera le 27 avril 1908, donc bien jeune et peu après la naissance de ses 2 enfants.

J’ai totalement confiance en la sincérité d’André Aubrière. Mais naturellement il y a lieu de faire les réserves habituelles sur celle de l’acteur, dont j’ignore la sincérité.

Conjectures déduites des éléments ci-dessus et ci-dessous:
- André ne pouvait pas être mobilisable pour la guerre de 1870, car il avait 13 ans. Il faudrait aussi qu’André Massé soit né dans l’ile et non à Bourcefranc, ce qu’on ignore, pour l’instant.
-Les premiers bateaux à avoir été équipé d’un moteur à vapeur le furent en début du siècle vers 1800.
Mais ce furent très longtemps des bateaux de rivière ou de lacs. En mer, les premiers bateaux mixtes vapeur furent d’abord des bateaux de guerre, pendant la période de 1800 à 1870. Puis enfin des bateaux commerciaux se mirent à la propulsion mixte vers 1870. On naviguait à voile, on ne mettait la chaudière en marche que par absence de vent ou vent contraire. La fumée sortait effectivement de la mâture : voir ici la photo d’un dessin du Sphinx, bateau de guerre construit à Rochefort en 1829 et qui ramena l’obélisque de Louxor en France ou elle trône sur la place de la Concorde à Paris.
Donc il parait possible que ces premiers bateaux commerciaux aient pu être encore rares en 1871 ou 72, au point d’étonner ceux qui ne fonctionnaient encore qu’à la voile.






Derniers bateaux négriers de Nantes : selon mes consultations sur internet, il semble que le dernier à partir officiellement de Nantes le fit en 1867. Officiellement, mais il parait difficile d’imaginer que la traite illégale ne se soit pas prolongée de quelques années.
André Massé s’est embarqué à l’âge de 14 ans, selon le récit d’André Aubrière, donc en 1871. Ceci est donc cohérent avec l’histoire de la marine.



Enfant à Fontenay aux Roses, et souvent chez mes grands-parents Massé Flavien, je me souviens assez bien d’André. Il est décédé quand j’avais 6 ans.

A ma connaissance directe, André, le père de Flavien, passa une partie de sa vie à la pèche à la morue sur Terre Neuve. Métier pénible et dangereux. Puis il finit sa vie comme ostréiculteur à Bourcefranc. C’est tout ce dont je me souviens directement d’André, dont on ne parlait que bien peu en famille. Ce n’est pas contradictoire avec le récit d’André Aubrière. Il est bien possible, en effet, que le fameux périple autour du monde ait duré moins de 15 ans et qu’il ait fait la morue juste après, avant de revenir en France, 15 ans après son départ….

Il finira tranquillement sa vie, veuf, chez son fils Flavien à Fontenay dans le magasin de mercerie. Je l’ai connu dans ce magasin, fumant éternellement sa pipe ou suçant des boutons de ses culottes dont il coupait les fils de fixation avec son couteau, au grand dam de sa belle fille Lucie. Je me souviens bien de ces scènes très cocasses….
Il fumait sa pipe avec une frénésie telle qu’il finissait toujours par bruler le bois du fond de sa pipe. Il fallait donc souvent lui remplacer sa pipe et lui fournir du tabac en quantité. Il finit donc par se faire interdire l’usage de sa pipe, comme un enfant, et se rabattit donc sur la succion de ses chers boutons de culottes. Lucie dut choisir le moindre mal, et recoudre, recoudre, et recoudre encore….

Le 2ième à partir de la gauche, avec sa casquette : André Masssé
Henri jeune homme
Marthe Léonie Pattedoie, arrière grand-mère
André Massé, grand père
Lucie Massé, mère
Augustine Lardit, grand-mère
Probablement Barthélémy Pattedoie
Léonie Lainé, tante et sœur de Lucie
Une parente du côté Lainé


Devant la treille
A droite : André Massé, père de Flavien Massé
De gauche à droite :
Augustine Lardy, née Pattedoie
Elie Lardit, son mari
Marthe Léonie Pattedoie, mère d’Augustine



Henri a fait un remarquable portrait d’André, réalisé à l’huile, pour une fois. Il y fume sa chère pipe.
Je ne sait rien de sa femme, sinon son nom : Magdelaine Elisa Guichard, mais je suis certain qu’André Aubrière, fils aurait été prolixe sur ce sujet, car c’était sa grand-mère. Hélàs, il est mort avant que je ne puisse recueillir son témoignage.